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1- RECHERCHE
a)
Premier axe : les caractères spécifiques de l’histoire
immédiate (du point de vue épistémologique, méthodologique
et didactique)
Concernant
ce premier axe, trois préoccupations ont été
les nôtres depuis 1998, toutes trois liées à
notre volonté de délimiter et de légitimer
un champ de recherche neuf, encore mal connu et, parfois contesté
:
1-
Nous situer sur le plan international
Le
point a été fait sur la situation et la pratique de
l’histoire immédiate en Europe occidentale, en Amérique
centrale, à Haïti et en Argentine.
Il
s’avère que, dans ces pays, notamment en Amérique
latine, la place réservée à l´Histoire
Immédiate est très variable. On remarque que, dans
un contexte où l’on cherche à réaffirmer
la culture démocratique, les problématiques concernant
les dernières décennies gagnent en importance. C´est
ainsi que dans les universités argentines, on organise des
séminaires, cycles de conférences, tables rondes et
congrès afin que des spécialistes des différentes
sciences sociales puissent expliquer les crises (politiques, économiques)
des dernières décennies. D´autre part, et malgré
l´absence de chaires portant la dénomination d´Histoire
Immédiate ou du Temps Présent, les développements
historiques actuels sont analysés dans les cours d´Histoire
générale. L´intérêt croissant des
jeunes diplômés et des étudiants d´histoire
et de sciences sociales en général pour ces questions
du passé récent, se reflète dans la quantité
-chaque année plus importante- de travaux et de recherches
qui portent sur cette période. L’historien-chercheur
ultra-contemporanéiste latino-américain se heurte
aux mêmes problèmes que ses collègues européens.
Du point de vue méthodologique, il doit faire face aux difficultés
soulevées par l’utilisation d’un type de source
pour lequel il n’a pas trop d’expérience, tel
est le cas des sources provenant des moyens de communication massive,
tant sous leur forme imprimée qu’audiovisuelle. S’y
ajoutent tous les problèmes de l’interdisciplinarité
et le besoin de repenser la collaboration avec les autres spécialistes
des sciences sociales et les journalistes.

2-
Etablir une distinction claire entre l’histoire immédiate
et les disciplines voisines : la sociologie, la médiologie,
le journalisme, la géopolitique
Des
tables rondes avec la participation de Régis Debray et de
sociologues ont permis de mieux établir les convergences
(outils, pratiques…) avec la Médiologie et la Sociologie.
Utiles également pour mieux cerner les spécificités
de l’histoire immédiate se sont révélés
des échanges directs avec des historiens du très contemporain
(Claude Liauzu, Jean-Paul Brunet, Jean-Luc Einaudi, Pierre et Bruno
Cabanes, Karel Bartosek…) et avec des géographes (J-F
Pérouse, Michel Roux…) ; ainsi qu’une série
de travaux sur des journalistes : grands reporters (René
Mauriès, Jules Roy), rédacteurs en chef (Claude Julien,
Jean-François Kahn)
La fréquentation de ces disciplines permet, en premier lieu,
à l’historien de l’immédiat de se dégager
du triple carcan dans lequel on l’enferme volontiers : celui
de l’événementiel, du particulier et du politique.
Sociologie et anthropologie l’incitent d’une part, à
insérer les événements et les épisodes
particuliers dont il est le témoin, au sein d’une réalité
plus complexe et plus durable : la société; et, d’autre
part, à inscrire ces mêmes événements
et épisodes isolés dans un cadre structurel sous-jacent
qui les relient aux siècles passés. Ce double ancrage
dans ce que Ferdinand Braudel dénomme le « temps géographique
» et le « temps social » atténue fort heureusement
certains aspects fragmentés et isolés de l’histoire
immédiate. Telle étude sur la catastrophe de Tchernobyl
dépasse le cadre d’une simple monographie si on lui
confère une double dimension : dimension systémique,
en cherchant dans l’événement un reflet des
dysfonctionnements du système socio-politique; et dimension
structurelle en repérant dans le passé des catastrophes
de même résonance.
En outre, sociologie, anthropologie et politologie proposent à
l’historien de l’immédiat un large éventail
d’outils et de méthodes qui lui permettent , à
la fois, de corriger les insuffisances de ses sources et d’exploiter
celles-ci avec davantage de rigueur. Dans la difficile -et fondamentale-
maîtrise de la source orale, par exemple, les sociologues,
les anthropologues et les psychologues ont beaucoup apporté
aux historiens. Leurs enquêtes sur le terrain, leur expérience
des groupes sociaux, leur réflexion sur les mécanismes
de la mémoire et les formes d’implication du chercheur
dans l’objet de son étude, ont permis de forger une
méthode de l’entretien qui sert de base aux investigations
des historiens. Ces derniers doivent également être
redevables aux sciences sociales pour leur apport en matière
de techniques de quantification. Toute recherche sur le passé
récent de nature démographique, économique
ou sociale, toute étude des partis politiques et des élections
empruntent la plupart de leurs concepts et de leur arsenal technique
aux sciences sociales et économiques.
Déjà fondamentaux, les emprunts des historiens aux
démarches des autres disciplines du temps présent
auraient, nous semble-t-il, tout intérêt à s’amplifier
encore. Sans rechercher une osmose totale qui ferait perdre toute
spécificité à l’histoire, il paraîtrait
judicieux de s’inspirer des démarches corrélatives,
systémiques, voire modélisantes que pratiquent déjà
depuis longtemps les sociologues, les géographes ou les économistes.
Depuis Durkheim, et son étude exemplaire sur le suicide,
on sait, par exemple, ce que peut apporter, dans la caractérisation
d’un phénomène, une corrélation systématique
entre différents éléments. L’historien,
s’il définit une problématique très précise,
choisit des indicateurs appropriés, et établit une
échelle de mesure simple permettant de comparer les résultats,
aboutit à des typologies très significatives. L’utilisation
de cette méthode pour tenter de comprendre les processus
de la désatellisation des pays de l’Est-européen
en 1989 nous a convaincus de son intérêt.
De même, l’application de la systémique au champ
de l’histoire, notamment de l’histoire du temps présent,
mériterait d’être intensifiée. Cantonnée
d’abord aux sciences « dures » -comme les mathématiques,
la physique, la cybernétique et la biologie- la démarche
systémique s’est étendue plus récemment
à l’anthropologie, à l’ethnologie, à
la sociologie, à la politologie et à la géographie.
Sa pratique, si elle est considérée non pas comme
une fin mais comme un moyen de faire émerger des relations
et des problèmes qui ne seraient pas perçus autrement,
se révèle féconde, en particulier dans l’approche
des phénomènes de société et d’organisation
du pouvoir politique. La définition préalable d’un
cadre conceptuel -du type société officielle-société
civile- permet, par exemple, d’analyser de manière
cohérente les rapports de forces existant dans les régimes
totalitaires, d’établir des comparaisons à diverses
périodes entre les régimes, et de dresser des typologies.
Bien entendu, il ne s’agit que de représentations schématiques
d’une réalité historique infiniment plus complexe,
mais cette modélisation permet de faire surgir des ensembles,
des convergences et des divergences qui n’apparaissent pas,
ou très mal, si le chercheur ne recourt pas à ces
méthodes.

3-
Affiner notre méthodologie par rapport à deux de nos
sources majeures :
Les membres de l’équipe ont plus spécialement
travaillé –ou fait travailler (mémoires de maîtrise
et de DEA) sur deux sources majeures de l’histoire immédiate
: la presse, les sources iconographiques et audiovisuelles.
Que la source médiatique -tant dans sa version écrite
que dans sa version audiovisuelle- soit l’une des plus usuelles
de l’historien du temps présent est une réalité.
Une réalité, par ailleurs, tout à fait avouable.
On ne voit vraiment pas pourquoi l’historien de l’immédiat
aurait à rougir de recourir à ce type de documentation,
qui vaut bien les manuscrits anonymes ou apocryphes utilisés
par les Médiévistes. Tout dépend, pour les
médias comme pour l’ensemble des documents historiques,
de la qualité du regard critique de l’historien. Si
celui-ci est défaillant ou nul, l’histoire immédiate
se borne -pour le plus grand plaisir de ses détracteurs-
à n’être qu’une simple revue de presse,
qui « résume » les informations diffusées
par les journaux. Si, au contraire, l’historien utilise sa
panoplie méthodologique complète, c’est-à-dire
recoupe la source médiatique principale avec d’autres
sources (médiatiques ou non), la soumet à une analyse
et à une critique très serrée, tenant compte
des conditions tout à fait particulières de l’élaboration
du « produit » médiatique, il n’existe
aucune raison valable de se priver d’informations aussi variées
et abondantes. Pour cette raison, mais aussi pour le rôle
qu’ils jouent dans le façonnement de l’opinion,
les médias méritent beaucoup d’intérêt.
Leur traitement n’est cependant pas aisé. Le foisonnement
de la presse écrite et la spécificité de l’«
écriture » audiovisuelle requièrent des méthodes
particulières auxquelles l’historien est mal préparé.
L’analyse morphologique et quantitative de la presse a été
habilement codifiée en France, dès les années
soixante, par Jacques Kayser. Depuis, la numérisation continue
des journaux, et la progression des ordinateurs invitent à
concevoir une informatisation de la « méthode Kayser
», soulageant l’historien des servitudes du calcul,
et lui permettant des analyses thématiques et linguistiques
aussi approfondies que rapides. A cet égard, pleine de promesse
se révèle la mise au point, par l’un des étudiants
de notre équipe, Guénaël Amieux, d’un programme
utilisant le langage Visual Basic et le moteur de recherche de bases
de données JetSQL de Microsoft au format Access. Appliqué
à l’étude des représentations des marchés
financiers dans le quotidien français Le Monde, entre 1987
et 1995, il s’est révélé un outil pratique,
efficace et performant .
Le
traitement de la source audiovisuelle a été facilité
en France par certains aménagements juridiques (loi du 20
juin 1992 sur le « dépôt légal »
rendant obligatoire pour l’ensemble des médias publics
et privés, le versement des archives à l’Institut
National de l’Audiovisuel) et techniques. Des inventaires
informatisés (IMAGO 2 pour la période 1975-1996; MIOR,
magazines de 1947 à 1974; MIFA, actualités cinématographiques
des années 1939-1969...) sont à la disposition des
chercheurs, ainsi que des Stations de Lecture Audiovisuelle (SLAV)
leur permettant de lire les bandes sur un micro ordinateur. Le problème
principal reste méthodologique. Certes, les sémiologues
et les historiens du cinéma ont mis au point des techniques
d’analyse des documents audiovisuels, mais les objets de ces
disciplines ne sont pas les mêmes que ceux de l’histoire.
De plus, les volumes traités ne sont pas du même ordre,
car l’historien est conduit à brasser une documentation
massive. Il faut donc que ce dernier invente une méthode
appropriée pour dégager les caractères dominants
(associant son et images) des thèmes qui l’intéressent,
et aboutir à des typologies significatives. Notre équipe
a conduit différents travaux de recherche sur le «
documentariste » Brian Lapping, sur le cinéma italien
d’après-guerre, sur le cinéma britannique),
le cinéma espagnol. Une table ronde rassemblant des spécialistes
de l’histoire du cinéma s’est tenue le 7 janvier
2000.
Par
ailleurs, pour donner une juste place aux documents photographiques,
l’équipe a décidé de publier dans les
Cahiers d’histoire immédiate (depuis le numéro
14, en 1998), des dossiers photographiques : sur les camps de réfugiés
palestiniens, sur l’Inde, sur l’Afrique du Sud et le
Swaziland, sur l’Iran.

b) Second axe : les processus de mutation
Ce
thème, qui était au cœur de notre projet de 1998,
a été largement exploité :
1-
D’un point de vue géo-politique
•
Mutations mondiales : Deux membres de l’équipe ont
rédigé un manuel chez Armand Colin sur l’évolution
du monde depuis la fin des années soixante.
• Mutations politiques : Trois champs géo-politiques
ont été plus spécialement étudiés
: l’ Europe (très nombreux articles de Fabien Terpan)
; l’Amérique latine; et, surtout, l’Algérie
à trois moments de son histoire : pendant la période
de Vichy (thèse de J. Cantier, publiée) ; la Guerre
de libération (Ouvrages et articles de Guy Pervillé
:) ; les troubles depuis 1988 .
2- D’un point de vue socio-culturel
•
Mutations sociales : Le rôle des sociétés civiles
a fait l’objet de nombreuses recherches et publications :
un ouvrage, des articles, des communications et des tables rondes
• Mutations culturelles : L’évolution de la condition
et de la représentation féminines a été
tout spécialement analysée par D. Amrane et Sylvie
Chaperon
• Les mutations des mentalités religieuses ont inspiré
trois importantes publications : une thèse sur « La
Mission de France et la Guerre d’Algérie » (Sybille
Chapeu) ; un ouvrage sur « Le clergé basque face à
la question basque » (Coll. GRHI 10) ; un livre de synthèse
: « Vers une France sans Dieu ? Le paysage religieux français
depuis les années 60 »
Même si un bilan n’a pu être encore dressé,
compte tenu du nombre et de la diversité des recherches,
quelques résultats généraux s’imposent
:
1. L’extrême complexité du processus de «
mutation », qui exige notamment la nécessité
de distinguer clairement le simple « événement
» de la « mutation » ; et qui oblige d’identifier
avec précision les « agents mutagènes »
2. La difficulté pour l’historien d’établir
une échelle des mutations tenant compte, à la fois,
de la réalité objective, et des représentations
de cette réalité
3. La représentativité exceptionnelle de certaines
mutations particulières (intéressant par exemple le
religieux, la laïcité, la sexualité…) pour
éclairer des mutations globales (d’une société
ou d’un système politique)

c) Autres axes de recherche
• L’histoire comparée a donné lieu à
relativement peu de travaux, dus notamment à J-F Soulet sur
la soviétisation de l’Europe de l’Est, et à
J.Cantier et L.Jalabert sur des biographies croisées, mais
a confirmé son intérêt, notamment dans le domaine
de l’histoire politique. La démarche comparatiste paraît
particulièrement appropriée dans le cas de l’histoire
européenne ou de l’histoire du communisme. Dans ce
dernier cas, c’est, en effet, un même système
qui a été proposé -souvent imposé- à
des Etats de culture et de traditions très différentes
; aussi, l’historien peut-il forger et utiliser pour son analyse
une “grille de lecture” cohérente et homogène,
permettant des typologies suggestives à chaque moment historique
clef, notamment lors de la mise en place des régimes entre
1945 et 1949, lors de leur désintégration à
la fin des années quatre-vingt, mais aussi durant les crises
internes (1956-1961). De plus, l’étude comparée
met remarquablement en évidence les rivalités inextinguibles
à l’intérieur du “bloc” entre les
trois “Etats-phares” : l’URSS, la Chine et la
Yougoslavie, et leurs conséquences délétères.
On perçoit beaucoup mieux que les solutions retenues par
chaque Etat, pour faire face, à la fois, au schisme et aux
problèmes économiques, se recoupent et se répartissent,
en fait, en deux ou trois grandes “familles”de pensée
: du réformisme libéral (Hongrie, Tchécoslovaquie...)
au dogmatisme (Chine, Cambodge...), en passant par le nationalisme
(Cuba, Albanie, Corée, Roumanie...). Le jeu comparatif permet
aussi, et surtout, de prendre conscience de la similitude des types
de réactions des sociétés civiles confrontées
à un pouvoir totalitaire: du Vietnam à l’Albanie,
on les découvre plusieurs fois brisées, mais jamais
anéanties; prêtes, pour moins mal vivre, à des
compromis, mais jamais définitivement soumises et acquises.
• En ce qui concerne les Nouvelles Techniques d’Information
et de Communication (NTIC), la thèse d’Eric Castex
n’étant pas terminée, les contributions majeures
ont été apportées par une table ronde sur Internet
et un colloque sur « L’histoire et l’informatique
» qui a permis de réunir les meilleurs spécialistes
et de publier leurs communications. De cette vaste concertation,
il est résulté une série de questions, que
l’Historien de l’immédiat devra résoudre
à faible échéance. Ce dernier, en effet, est
appelé désormais à traiter des informations,
stockées, codées, triées, dès qu'elles
ont été collectées, dans des bases de données
informatiques par des administrations, des entreprises publiques
ou privées... Comment y accéder, les conserver, les
rendre accessibles... Quel crédit leur accorder ? Comment
les compléter par d'autres données qui n'ayant pas
bénéficié d'un tel traitement, risquent d'échapper
à une investigation aussi rationnelle ou appellent des traitements
spécifiques (banques d'images, archives sonores...) Quelles
méthodes mettre en oeuvre pour les exploiter et les confronter,
selon des problématiques historiques qui n'étaient
pas celles de leurs concepteurs ?

• L’histoire des représentations se confirme
également comme un champ très prometteur, qui devrait
continuer durant les prochaines années à faire l’objet
de nombreux travaux dans notre équipe. Depuis 1998, le concept
de représentations a été utilisé pour
éclairer deux thématiques : l’histoire de la
sexualité (par Sylvie Chaperon (dont nous exposerons la problématique
dans la partie prospective de ce dossier), et l’histoire de
conflits contemporains : en Tchétchénie, au Liban,
en Palestine.
Outre les journaux, ces études ont utilisé la documentation
offerte par Internet, qui permet d’accéder à
des sources souvent très engagées et fournit des images
très contrastées du conflit. Tel est le cas du conflit
tchétchène. Les sites tchétchènes regroupent
des articles de quotidiens nationaux de tous les pays du monde et
dans toutes les langues, tous sélectionnés pour leurs
tendances pro-tchétchènes. Ils développent
des arguments en faveur de l’indépendance de la petite
république (en s’appuyant tant sur la richesse de son
sous-sol -qui lui permet de maintenir à flot l’économie
sans aucune aide extérieure- que sur l’adoption de
sa Constitution en 1992 et le fonctionnement démocratique
de ses institutions politiques). Sont aussi présents les
témoignages retraçant la souffrance quotidienne des
populations civiles – et donc les nombreuses exactions des
Russes - ainsi que les actes de bravoure des combattants tchétchènes.
Les sites russes, quant à eux, ne sont pas tous du même
type. Hormis les sites officiels favorables à la guerre,
les autres sont bien plus réservés sans être
trop critiques. Plus de la moitié de la presse russe écrite
et audiovisuelle dépeint l’intervention armée
en Tchétchénie comme irréfléchie et
l’oeuvre d’un homme qui voulait faire oublier les griefs
s’élevant contre lui, Pavel Gratchev. Le ton est généralement
contre la guerre et les interrogations portent sur les conséquences
économiques de cette intervention. Les Russes vivant en Tchétchénie
ont aussi créé un site pour soutenir les plus malchanceux
d’entre eux qui n’ont pu se réfugier dans les
montagnes. Malgré des témoignages décrivant
des expériences singulières, tous ces Russes sont
pro-tchétchènes et se retrouvent dans le refus d’un
conflit absurde et meurtrier. Avec le site du Comité des
Mères de Soldats Russes, les témoignages sur les violations
russes abondent. Mais la plupart d’entre eux relatent des
faits uniques et isolés, difficiles à vérifier.
Le site le plus riche au niveau des informations apportées
est celui de l’ASF (Andreï Sakharov Foundation) puisqu’il
abrite le rapport que Sergueï Kovalev, le défenseur
russe des droits de l’homme, avait rendu à Boris Eltsine
début 1996, au sujet de la situation des droits de l’homme
en Tchétchénie. Ce dossier, riche de témoignages
vérifiés par une commission composée de Russes
et de Tchétchènes, constitue une source importante
sur les violations commises par les agresseurs mais aussi les agressés.
Il fournit également des détails sur les camps de
filtration que Sergueï Kovalev a pu visiter contrairement aux
journalistes de la presse occidentale.
Grâce à ces sources documentaires variées, l’historien
parvient à reconstituer les dérives de l’ «
information », et à comprendre comment se constituent
dans l’opinion les images déformées de ces grands
conflits contemporains. Dans le cas de la Tchétchénie,
la « couverture » par les médias français
de la première guerre de Tchétchénie en stigmatisant
–non sans raisons mais sans nuances- le comportement de la
Russie a contribué de manière décisive à
déconsidérer le régime de Moscou. Pour la plupart
des journalistes français, la Russie revient, au pas de charge,
à ses anciens démons des époques tsariste et
stalinienne. Elle dérive vers l’autocratie ; le chaos
est partout. La Fédération devient menaçante,
l’image de démocrate de Boris Eltsine vole en éclats,
et son pouvoir est décrit comme marqué du double sceau
de l’obscurantisme et de l’anarchie. En une représentation
très manichéenne, les Tchétchènes, à
l’opposé des Russes, ont fait, quant à eux,
figure d’un peuple noble, à l’irrédentisme
séculaire, d’une valeur guerrière remarquable,
toujours opprimé par le géant despotique russe. Nul
n’a cherché à savoir s’ils étaient
dans leur bon droit en proclamant l’indépendance de
leur république. Il est vrai que la question est épineuse
et dérangeante. C’est peut-être pour cela que
les chancelleries occidentales se sont bornées à un
silence qui a indigné la presse dans son ensemble.
L’intérêt offert par ce type de recherche sur
les représentations des conflits est évident. D’ores
et déjà, l’équipe est d’avis de
les multiplier

2. ACCUEIL ET ENCADREMENT DES ETUDIANTS
a)
Nombre de maîtrises soutenues : 200
b)
Nombre de DEA soutenus : 30
c)
Nombre de thèses soutenues : 10
3. PUBLICATIONS
a.
Parution de 8 numéros des Cahiers d’Histoire Immédiate
(N° 13 à 20), revue publiée par l’équipe.
b.
Publication de 4 ouvrages dans la collection Sources et travaux d’Histoire
immédiate qui s’ajoutent aux 6 ouvrages parus avant 1998.
- N°7
Guénaël AMIEUX, Méthode d'analyse informatisée
d'une source documentaire numérisée, 1998.
- N°8
Pierre LACASSAGNE, René Mauriès, journaliste et grand
reporter, 2000
- N°9
Laurent JALABERT, Le Grand Débat. Les universitaires français
–historiens et géographes- et les pays communistes
de 1945 à 1991, 2001
- N°10
Mathieu ELGOYHEN, Le clergé du diocèse de Bayonne
face à la question basque 1964-1998, 2001
c. Publication de 8 numéros du
Bulletin interne de l’équipe –« Le Signet
»- entièrement rédigé par les étudiants
du Groupe
d.
Mise à jour régulière du Site Internet : http://www.univ-tlse2.fr/grhi/

4. DEBATS SCIENTIFIQUES
•
12 Tables rondes d’une journée
-Historiens-géographes et l’outil Internet (11 mars 1998)
-Acteurs et chercheurs (2 avril 1998)
-L’édition et la recherche universitaire (22 janvier
1999)
-Les nouveaux programmes d’histoire en classe terminale (3mars
1999)
-Armée, pouvoir, politique et société civile.
De la conscription à -l’armée de métier
(19 mai 1999)
-La transition en Amérique latine (11 décembre 1999)
-Histoire, cinéma, télévision (7 janvier 2000)
-La biographie (13 avril 2000)
-Rencontre avec Régis Debray à propos de Médiologie
(10 mai 2000)
-L’histoire du communisme en Tchécoslovaquie avec Karel
Bartosek (6 décembre 2000)
-Journalistes et historiens engagés (23 mars 2001)
-Le développement de la société civile et du
phénomène associatif en France (18 octobre 2001)
•
3 Colloques
-L’Histoire
et l’informatique (3-4 novembre 1998) avec le concours de l’Association
française pour l’Histoire et l’Informatique
-L’anarchisme a-t-il un avenir ? Histoire de femmes, d’hommes
et de leurs imaginaires (27-29 octobre 1999)
-Apprentissage à la citoyenneté et à l’identité
européenne (12 mars 2000) colloque organisé dans le
cadre du projet CONNECT de la Commission Européenne en collaboration
avec l’Association des enseignants d’histoire (VVLG) de
Belgique

5. CYCLES DE FORMATION CONTINUE
•
L’équipe a assuré deux cycles de formation culturelle
destinée au personnel du Secrétariat aux Anciens Combattants
de la Région Midi-Pyrénées, l’un en 1998,
l’autre en 1999.
•
Deux cycles de conférences d’histoire immédiate
aux élèves de l’Ecole Nationale d’Aviation
Civile (ENAC)
•
Elle assure également depuis 1999 un cycle annuel d’une
douzaine de conférences à l’Université
du Temps Libre
6.
COOPERATION INTERNATIONALE
Depuis
1998, nous avons réussi à établir des relations
avec des chercheurs et des groupes étrangers travaillant sur
l’histoire du monde contemporain.
a)
Objectifs
- mieux situer notre démarche d’historien de l’immédiat
dans le contexte de la recherche internationale et comparer nos problèmes
et nos résultats (Cf. plus haut, page 2, point 1)
- susciter des échanges d’enseignants et d’étudiants
- parvenir à des travaux en commun
b)
Pays contactés
- Argentine (Université de Bahia Blanca)
- Pologne (Institut d’Histoire et de Sciences Politiques de
l’Université de Torun)
- Algérie (Université de Béjaïa)
- Roumanie (Institut universitaire de Iasi)
c) Résultats
-
Une convention a été signée, en novembre 1998,
avec les responsables de la section d’Histoire et du département
des Humanités de l’Université de Bahia Blanca
(Argentine) (complétant l’accord signé entre l’Université
du Mirail et celle de Bahia Blanca au printemps 1994) prévoyant
des activités conjointes : publications, échanges d’étudiants
et d’enseignants, co-tutelles de thèse
- Des missions d’enseignants ont été effectuées
: un enseignant du GRHI a assuré des cours et des séminaires
à l’Université de Torun (en juin 1999) ainsi qu’à
l’Université de Bahia Blanca en novembre 1998. Une enseignante
de cette dernière université a été invitée
durant un mois par notre équipe en janvier 2002. Une enseignante-chercheuse
de notre équipe donne régulièrement des cours
à l’Université de Béjaïa (Algérie)
-Cinq doctorants de notre équipe ont effectué un séjour
à l’Université de Bahia Blanca. Une co-tutelle
de thèse a été mise en place avec un enseignant
de l’Université de Sofia.
- En matière de publication, les contacts se sont révélés
très fructueux :
Des articles écrits par des chercheurs argentins et toulousains
ont été publiés dans notre revue (Cahiers d’Histoire
Immédiate) et dans la revue de l’Université de
Bahia Blanca
Deux ouvrages collectifs ont permis des collaborations avec les Universités
de Torun (Pologne), Iasi (Roumanie) et notre équipe de recherche
: Manuel de théorie politique (sous la direction de Cristian
Bocancea), Iasi, Roumanie, (à paraître 2002) ; L’Europe
puissance militaire, Politique européenne de défense
et gestion des crises (sous la direction de Fabien Terpan, Bruxelles,
à paraître 2002).
Dans une collection dirigée par deux membres de l’équipe
(« Le monde en transition », L’Harmattan), trois
ouvrages ont paru (sur la Roumanie, la Bulgarie et la Pologne) rédigés
par des enseignants-chercheurs appartenant aux universités
avec lesquelles nous avons noué des relations privilégiées.

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